Hypersexualité et homosexualité masculine : mythe ou réalité ?

Comme chaque année, après les congrès ou autres conférences auxquelles j’assiste, j’essaye de partager les présentations qui m’ont le plus intéressée, marquée, formée.

Une des thématiques que j’aimerais partager ici, c’est le travail de recherche du psychologue français Christophe Dehove :  Hypersexualité et homosexualité masculine : mythe ou réalité ?

L’auteur fait un lien entre l’ « homophobie intériorisée » et la hypersexualité.

L’« homophobie intériorisée » est le résultat de l’intégration et de l’intériorisation par les homosexuels, des attitudes négatives et des préjugés les concernant (il suffit de voir le message de l’affiche ci-dessus: “Les partenaires changent, le safer sex reste, lovelife.ch” qui fait référence au mulipartenarisme des homosexuels). Elle est conditionnée par des facteurs culturels (le degré d’acceptation ou de rejet de l’homosexualité dans la culture d’appartenance), familiaux (l’acceptation de la famille) et individuel (vulnérabilité, culpabilité de la personne). Ces facteurs-là ont une influence directe sur la qualité de vie des personnes homosexuelles, le sentiment de honte et de culpabilité ayant une corrélation importante avec des conduites sexuelles à risque.

L’hypersexualité est une notion largement débattue qui ne fait pas l’unanimité. M. Dehove retient la définition de l’hypersexualité comme étant une sexualité le plus souvent conventionnelle mais excessive, avec une présence importante de fantasmes et de préoccupations sexuelles compulsives, accompagnées de honte et culpabilité.

Selon cette étude 72,7 % des hommes interrogés (77 hommes homosexuels participants au total) seraient hypersexuels avec un degré d’homophobie intériorisé significativement plus élevé.

L’auteur relève des importants facteurs qui pourraient expliquer ce degré élevé d’hypersexualité parmi les hommes gays :

  • L’homophobie intériorisé favorise un mode d’entrée dans la sexualité d’une façon cachée dans des lieux qui favorisent l’anonymat. Ce mode entraine une dissociation parfois excessive entre affection et sexualité, ce qui favorise le multipartenarisme.
  • L’homophobie intériorisée s’accompagne la plupart du temps de symptômes anxio-dépressifs qui prédisposent à une hypersexualité.
  • En sexualité, la transgression, et tout ce qui est interdit ou tabou, revêt un caractère hautement érogène et attractif qui peut pousser à la compulsion.
  • On remarque dans les communautés gays la forte présence d’une injonction au plaisir. Le surinvestissement de la « sexualité plaisir » avec une diversification des pratiques sexuelles. Les préjugés répandus d’une hypersexualité gay amènent les jeunes homosexuels de développer de fantasmes et pratiques sexuelles qui correspondraient à l’image qu’on attend d’eux, dans un besoin d’identification communautaire.

Comme conclusion, l’auteur relève que « pour toutes ces raisons, on peut considérer que le gay hypersexuel est à la fois un stéréotype et une réalité car il devient, par volonté de conformisme et d’intégration, l’acteur de sa propre stigmatisation ».

Ce n’est pas par hasard que cette étude m’a beaucoup intéressée. La question de l’homosexualité hommes et femmes me tient très à cœur, car je remarque dans ma pratique beaucoup de souffrance liée à l’acceptation de soi, de son orientation, des attentes de la sexualité. La comparaison et la quête d’un épanouissement personnel et sexuel ne se fait pas par rapport aux personnes hétéro, comme on a souvent tendance à le croire, mais par rapport à l’image véhiculée de l’homosexualité, et si on y correspond ou pas.

J’ai rencontré dans mon cabinet des hommes gays avec des difficultés sexuelles qui se haïssaient pour ça. On peut croire « tiens c’est plus facile pour un homme d’être compris, dans des situations de pannes érectiles, ou des éjaculations rapides, par un autre homme » et pourtant ce n’est pas si simple. Je vois dans ma pratique que les hommes gays se met encore plus de pression sur la performance sexuelle. Il faut être beau, il faut être performant, il faut plaire, il faut séduire, il faut bander et vite et longtemps… il faut, il faut et encore plein de il faut… Malheureusement, même si les hommes et les femmes homosexuels sont mieux acceptés dans notre société, la sexualité de ces personnes est encore beaucoup stigmatisée.

Toutefois, grâce à la reconnaissance politique et juridique des couples homosexuels par le biais du partenariat enregistré en Suisse (loi entrée en vigueur en 2007) ou le mariage pour tous, en France (loi entrée en vigueur en 2013), des modèles de conjugalité gay se développent, ce qui, on l’espère, facilitera une identification plus orientée vers la conjugalité et moins vers la sexualité.

Une petite vidéo très utile :

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