« L’ange de la mort » des couples

Je me rappelle l’épisode de Grey’s Anatomy où George faisait sa garde dans un service où les gens n’avaient plus de grandes chances de survivre, mais il l’ignorait. Après avoir prononcé la mort de quelques patients pendant toute la journée, il s’est dit dépité: « je suis l’ange de la mort ».

J’avais aussi ce sentiment au début de ma pratique. Chaque couple que je ne pouvais pas « sauver », je le vivais mal. Je me remettais en question, je m’en voulais, je repassais en revue mes séances pour trouver des erreurs hypothétiques…

Un jour, une collègue sexologue, dans une intervision m’a dit « il y a plein de couples qui viennent quand c’est déjà trop tard et on ne peut pas faire grande chose ». Et la je me suis sentie comme George à qui on a ouvert les yeux en lui expliquant qu’il avait passé la journée dans un service de mourants: perplexe, fâchée, déçue.. « quoi?! vous n’auriez pas pu me dire ça avant? »

Il est dommage que certains couples restent avec leurs difficultés et blessures jusqu’à ce qu’ils atteignent le point de non retour. Le couple « en mode survie » est comme un arc tendu, constamment sous tension, difficilement malléable, avec tout les schémas inadaptés fortement activés (la crainte de l’abandon, la carence affective, le sacrifice de soi, les exigences élevés etc.). Comme disait mes chers amis, les thérapeutes Hedy et Yumi Schleifer: « les couples ne se rencontrent pas par hasard, ils passent un casting très minutieux, ils se rencontrent pour pouvoir vivre leurs pires cauchemars ». En d’autres mots, on se choisit souvent de telle façon que le fonctionnement de l’un puisse réveiller les schémas de l’autre.

Je me rappelle de ce couple qui est venu me voir dans leur « phase terminale »: elle avec l’angoisse d’abandon et lui avec l’angoisse de l’intimité. Plus elle sentait la menace de la rupture dans son couple, plus son schémas de sacrifice de soi s’activait et plus elle était dans le sacrifice de soi, plus son partenaire se sentait envahi et avait envie de fuir…

Dans une situation de crise comme celle-ci, il est difficile de faire face aux difficultés du couple, mais il n’est également pas évident de laisser un professionnel « mener le jeu ». Qu’on décide de « laisser le mourant à l’hôpital » (le travail dans mon cabinet) avec toutes « les machines allumées » (mon accompagnement) dans l’espoir de sortir ce couple de la crise, ou qu’on choisisse de rentrer à la maison pour vivre les derniers moments de ce couple, sans devoir perdre de l’énergie avec des « nouvelles techniques » (thérapeutiques) dont le couple ne sait pas si elles vont en fin de compte porter leurs fruits, est le choix de chacun. Mais ce qui me touche particulièrement c’est quand le couple « rentre à la maison » avec l’espoir qu’un miracle va arriver…

Je ne crois pas trop à ce genre de miracles et c’est pour ça que j’ai envie de vous dire: n’attendez pas trop. On n’est pas obligé d’aller mal pour vouloir aller mieux!

Photo by Mihail Macri on Unsplash

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